Dans une TPE l’ensemble des collaborateurs gravite autour du dirigeant. La question de la subordination de l’identité professionnelle individuelle à celle de son dirigeant, de l’entreprise en général, trouve toute sa place dans la problématique de la construction identitaire.

À travers une succession de réflexions, nous ferons part de notre sentiment sur ce point pour solliciter vos réactions et contributions. Pourquoi l’entreprise influence-t-elle l’identité individuelle ? En quoi l’impulsion du chef d’entreprise peut-elle être et doit-elle être un facteur de construction identitaire ? En quoi cette dynamique identitaire est-elle facteur de croissance pour l’entreprise ?

La considération d’aujourd’hui porte sur les mécanismes basiques d’influence identitaire dans le modèle professionnel.

Businessman putting last block to the towerNous observons que l’entreprise est le théâtre d’un biotope identitaire évident. Le collaborateur y évolue guidé par la culture d’entreprise, participant à la construction permanente de l’identité d’entreprise en même temps que de sa propre identité professionnelle.

Plusieurs phénomènes concourent à cette structuration et convergent vers le développement conjoint d’une dynamique identitaire, de groupe et individuelle. Nous limiterons notre illustration à deux composantes concrètes.

Tout d’abord, la socialisation par la dynamique identitaire professionnelle et la représentation de soi. Le processus identitaire au travail est le fruit des constructions individuelles biographiques et d’une dynamique de reconnaissance par la société (Dubar, 1995)[1]. Ainsi, le degré d’intégration sociale au sein d’un modèle organisationnel détermine l’épanouissement des individus selon une trajectoire professionnelle cohérente «... s’ils retirent de leurs expériences les supports de cohésion sociale suffisants pour construire une cohérence psychique entre leur passé, leurs actions présentes et leurs projets d’avenir » (Sainseaulieu, 1977, p. 253)[2]. Et ce modèle organisationnel, ce théâtre de construction, au premier chef c’est l’entreprise !

Le second rouage participe de la motricité de la dynamique identitaire dans l’ensemble, au sein de l’entreprise en particulier : la motivation ! Le vecteur de la motivation est, en effet, central dans cette construction ; Maslow[3] le décrit en identifiant cinq paramètres, ultérieurement hiérarchisés par ordre de satisfaction prioritaire : physiologiques, sécuritaire, sentiment d’appartenance, recherche d’estime et accomplissement de soi. L’ensemble de ces besoins individuels se réalisent au sein des groupes d’appartenance : famille, catégorie sociale, communautés diverses… avec en place de choix, l’espace professionnel, parce que l’entreprise est, en effet, le creuset régulateur d’un véritable «contrat moral » avec ses salariés. (Robert-Demontrond et Joyeau – 2007, p. 5 )[4].

La socialisation se distingue à deux niveaux principaux de réalisation : primaire (enfance), et secondaire (construction d’adulte à partir de l’adolescence). C’est au cours de la phase secondaire qu’interviennent des processus de socialisation complémentaires, parmi lesquels le travail et l’entreprise vont tenir une place prépondérante. C’est également au cours de cette phase que se multiplient des besoins émergents et que la motivation individuelle est d’autant sollicitée. Dès lors, une socialisation secondaire peut « certes conduire à la reproduction sociale des identités acquises, mais aussi à des conversions voire, dans les cas d’exclusion (ou d’auto-exclusion), à des déstructurations » (Berger et Luckman, 1966)[5]. Question de motivation.

Parce que Géométrie Variable est tout acquis à l’idée du melting-pot social d’entreprise ; parce que nous pensons qu’un « développement partagé » de la dynamique identitaire professionnelle est essentiel ; parce que nous avons foi en la conjugaison de ces concepts avec la croissance par la sécurisation professionnelle et la création d’activité,  nous savons, comme Claude Dubar[1] que l’enjeu identitaire tient dans l’articulation des phénomènes de socialisation, qu’« on ne fait pas l’identité des gens malgré eux et pourtant on ne peut se passer des autres pour se forger sa propre identité́ ».

Qu’en pensez-vous ?


[1] Dubar C. (1995). La Socialisation – Construction des identités sociales et professionnelles. Paris : Armand Colin.
[2] Sainsaulieu, R. (1977), L’identité au travail, 2ème édition 1985, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques.
[3] Pyramide de Maslow (possibilité de mettre un visuel graphique)
[4] Robert-Demontrond P., Joyeau A.  (2007) De la dynamique des métiers à la dynamique identitaire : de nouveau horizons pour l’audit social.   URL_http://www.globecsi.ru/Articles/2007/Demontrond_Joyeau_2.pdf
[5] Berger, Luckmann (1966), The Social Construction of Reality: A Treatise in the Sociology of Knowledge, Garden City, New York

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*