« Quand la mesure s’accélère, garde ton repère ! » Je me souviens des mots de mon père lorsque,essayant à grand-peine de m’enseigner les pas de la valse, il me conseillait de conserver le regard porté sur un point identifié dans le lointain… Qui n’a pas fait cette expérience ?

Les turbulences qu’entraînent les mutations économiques ne sont pas sans me rappeler les sensations tourbillonnantes de ces séances de danse improvisées.

Par ailleurs, nous avons déjà mis en avant la dimension qu’apporte le changement dans la construction de l’identité professionnelle.

Parce que les raisons d’un changement peuvent être diverses, plus ou moins diffuses et agressives, et surtout parce que le changement lui-même exprime le caractère inhérent d’un ordre en mutation, l’entreprise aujourd’hui ne peut pas ignorer la question de la préservation de l’identité professionnelle, « car c’est bien elle qui permet de donner une vision clarifiée du fonctionnement psychique des individus dans leur relation au travail » (Guinchard, 2011)[1] .

Mais cette responsabilité est bel et bien partagée avec le salarié lui-même qui doit se donner les meilleures chances de sécuriser son parcours professionnel et de placer ainsi, dans les meilleures conditions, le développement de sa propre dynamique identitaire professionnelle.

Le cocktail est alors connu : une appropriation des objectifs, de la culture et des métiers de l’entreprise, un volume de savoirs-faire et savoirs-être reconnus et appréciés, une note de « créactivité » (esprit de créativité et capacité de réaction), la volonté de monter sans cesse en compétences et enfin cet ingrédient nouveau attaché aux exigences de l’activité en marche : un réseau social performant !

Nous partageons ce point de vue de Pascale Denantes-Parlier qui défend que « se mettre en perspective professionnelle dans un univers économique durablement tendu et instable sollicite des qualités personnelles d’ouverture et de prise de risques pour le salarié en poste et en transition professionnelle »[2].

La prise de risques dont on nous rebat les oreilles qu’elle est l’apanage du chef d’entreprise (il est incontestable qu’elle sous-tend son action), cette prise de risques n’est donc pas la chasse gardée du seul entrepreneur ?

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En effet, comme le salarié, en poste ou en transition, doit constamment faire des choix de vie qui combinent le plus harmonieusement possible les opportunités, impératifs et contraintes personnelles et professionnelles, il doit sans cesse surfer sur la vague de son équilibre personnel. Ce travail de positionnement lui incombe de surcroît dans un cadre de pluriactivité qui caractérise grandement les quotidiens  et qui fluctue en fonction de l’évolution dans le temps des centres d’intérêt : vie sentimentale et familiale, perspectives et challenges professionnels, engagements associatifs ou mandataires divers, etc. On a vu combien le repli exclusif et insidieux de l’individu au profit d’une sphère restreinte d’activité peut avoir un impact dévastateur lorsque les repères de ce même centre d’intérêt sont bousculés.

De même que la construction identitaire en général est bien une affaire d’équilibre dans le choix des priorités – donc de prise de risques – la dynamique identitaire professionnelle se nourrit en permanence de cette prise de risques mutuelle qui fonde la trame relationnelle au (et du) cœur de l’entreprise entre le dirigeant et son salarié. L’enjeu est d’autant plus crucial que les mutations économiques ont résolument entrainé l’entreprise dans une spirale du changement, anticipée ou subie et que dans cette mouvance les repères identitaires au sein de l’entreprise sont pour le moins bousculés, lorsqu’ils ne sont pas menacés de voler en éclats [3]

Le corollaire de cette menace est qu’elle doit rester le fil d’Ariane de tous  les acteurs au sein de l’entreprise qui ne peuvent s’affranchir de la prise de risques que conditionnent les choix d’équilibre qui procèdent de la construction de la dynamique identitaire. Conseillers en mobilité professionnelle et en GRH, nous savons que c’est à ce prix, et à ce prix seul, que l’entreprise peut rester un creuset, force de la construction identitaire, pour peu que l’adhésion collective au projet d’entreprise se construise autour de repères solides et partagés, quel que soit le tempo !

« Quand la mesure s’accélère, garde ton repère », celui qui fait converger les collaborateurs au sein de l’entreprise, celui qui fait notre « ADN » et nous permet d’exprimer nos propres identités autour d’un projet commun, fédérateur et motivant.


[1] Guinchard, R. «Préserver l’identité professionnelle »  Ingénieur, une carte d’identité N° 443, mars 2011.

[2] Denantes-Parlier, P. « les transitions professionnelles – Des aspirations différentes selon les âges »

URL : http://www.larevuecadres.fr/les-transitions-professionnelles

[3] Couture, R, « Crises et mutations économiques » L’Hartmann, 2011

One thought on “Identité professionnelle : changements et prise de risques

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